17 | 07 | 2019

Quelques jours avant la tenue de pourparlers au sujet du Sahara occidental organisés sous l'égide de l'ONU en présence du Maroc, du Front Polisario , de la Mauritanie et de l'Algérie, une délégation* du PCF a séjourné à l'invitation de l'Association des amis de la République arabe sahraouie démocratique (RASD) dans les camps de réfugiés de Tindouf, à l'ouest de l'Algérie.

Quelques rappels

En 1975, le Maroc et la Mauritanie profitaient du retrait de l'Espagne pour envahir, sous les bombes au napalm et au phosphore, le Sahara occidental faisant plus de 25 000 victimes. En réaction, le Front Polisario proclamait l'indépendance de la RASD en 1976. Le retrait de la Mauritanie en 1979 conduisit le Maroc à accentuer son incursion dans ces territoires laissés vacants. Si bien que, actuellement, Rabat occupe 80% de l'espace sahraoui. En 1991, un cessez-le-feu, toujours en vigueur, prévoyait l'organisation d'un référendum avec les options de l'intégration ou de l'indépendance. Vingt-sept ans après, le conflit est gelé. Rabat a construit un mur de sable de 2 700 kilomètres, hérissé de casernes et de mines isolant les territoires libérés par le Front Polisario (20%) et rejette toute idée de référendum. Actuellement aucun État n'a entériné cette occupation marocaine, tandis que la RASD est reconnue par 84 pays et siège à l'Organisation de l'unité africaine (OUA).

Souffrances et pillage

Cent à deux cent mille Sahraouis, ayant fui les combats, vivent depuis quarante-trois ans dans des camps, sous des tentes ou des abris de fortune. Ils dépendent intégralement pour leur survie de l'aide fournie par l'Algérie et le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), dont les ressources ont drastiquement diminué depuis la crise de 2008. L'indigence est partout, occasionnant des carences alimentaires notamment pour les enfants, une anémie généralisée pour les femmes enceintes, une surmortalité infantile, des pathologies liées à cette situation... En dépit de ce contexte extrêmement difficile, le Front Polisario multiplie la création de services publics (santé, enseignement...), d'institutions démocratiques dans lesquelles les femmes jouent un rôle essentiel.
Quant au Maroc, il a déjà installé 50 000 colons et met en coupe réglée, au profit souvent exclusif du souverain chérifien, cette région riche en phosphate, fer, titane ou vadanium. Rabat a par ailleurs beaucoup investi dans l'agriculture et surtout dans la pêche sur les 700 kilomètres de côtes poissonneuses. Le Maroc exerce de surcroît une répression impitoyable et sanguinaire contre les protestations des Sahraouis vivant dans ces zones.
Ce pillage est encouragé par l'Union européenne qui, en violation de sa propre législation, vient de donner son feu vert à une extension au Sahara occidental de l'accord d'association qui l'unit au Maroc. Rabat est ainsi conforté dans son intransigeance à toute issue politique.

Sortir du statu quo

Durant la guerre froide, la Grande-Bretagne, les États-Unis, l'Espagne et la France ont empêché tout règlement, avantageant le Maroc qui constituait l'un des piliers de la lutte anticommuniste. Cette connivence perdure avec l'externalisation de la gestion des migrants et la « lutte contre le terrorisme ». Ces pays n'ont jamais condamné l’invasion de 1975 et ont bloqué toutes sanctions contre Rabat. Dans le même esprit, ils soutiennent aujourd'hui la proposition marocaine d'une autonomie limitée sous souveraineté marocaine. Cette option viole la légalité internationale qui est d'une extrême clarté. Pour les Nations unies, il n'y a aucun lien de souveraineté territoriale entre le Maroc et le Sahara occidental. De ce fait, le peuple sahraoui a un statut séparé et distinct du Maroc et il est donc titulaire du droit à l'autodétermination dans ce territoire non décolonisé.
En raison du blocage exclusif de Rabat, la mission onusienne (Minurso) a échoué dans son objectif d'organiser un référendum. La fin de son mandat étant fixé en avril 2019, les protagonistes sont désormais sous pression. L’émissaire des Nations unies, Horst Köhler, a associé dans une première étape de négociations, à Genève en décembre, l’Algérie et la Mauritanie. Un nouveau round s’ouvre ces jours-ci. Jusqu'à présent, la France qui dispose d'intérêts économiques, politiques, militaires et culturels dans la région et qui est l'amie du Maroc a entravé toute solution au conflit. Aux Nations unies, elle s'est opposée à une extension des prérogatives de la Minurso concernant les droits humains. Elle a aussi indiqué qu'elle utiliserait son droit de véto sur toutes les résolutions qui n'auraient pas le consentement du Maroc. Cet aveuglement politique accentue la souffrance des réfugiés, les tensions entre l'Algérie et le Maroc, freine l'intégration maghrébine et favorise la course aux armements. Un changement radical de politique marqué par la neutralité et l'équilibre afin de contribuer à la recherche d'une issue juste et pacifique contribuerait à la stabilité et à la coopération.
Mais rien ne sera véritablement possible sans faire grandir dans notre pays la mobilisation en faveur des droits inaliénables du peuple sahraoui.

Pascal Torre,
responsable-adjoint du secteur international,
chargé du Proche et du Moyen-Orient

*La délégation du PCF était composée d'Audrey Garino (membre de la commission des relations internationales, chargée du Maghreb) et de Pascal Torre.

Source:

Parti Communiste Français

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